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Benoit Tétreault, pilote d’épandage toutes catégories

Par Richard Saint-George

Originaire de Rougemont (Montérégie), ce fils de pomiculteur a fondé Hélico Service en 1982. Spécialiste du traitement aérien – aux commandes d’aéronefs à voilure fixe ou tournante – il est, dans ce créneau, une des figures renommées à l’échelle provinciale.

Comme beaucoup de garçons de son âge (il est né en 1958), Benoit Tétreault s’est découvert une passion pour l’aviation en voyant passer des avions au-dessus de la ferme familiale. Déjà en ce temps-là, les aéronefs rentraient à Saint-Hubert en empruntant le corridor Rougemont-Marieville. Décidé à devenir pilote de ligne, il intègre le populaire Aéroclub de Montréal, en 1978. Sa licence privée en poche, le jeune homme s’aperçoit néanmoins que pour continuer dans cette voie, il lui faudra améliorer son anglais. « J’avais du mal avec les communications à la radio », avoue-t-il lors de notre entrevue. Inconcevable, en effet, pour un futur navigant! Pour remédier à cette lacune, il choisit alors de s’exiler à Saskatoon. Là-bas, chez Mitchinson Flying Service, il poursuivra ses cours de pilotage tout en pratiquant la langue de Shakespeare... ou tout au moins celle des habitants de cette ville quasi oubliée par le reste du Canada. Benoit obtient sa licence commerciale, annotée aux instruments ainsi que sa qualification multimoteur. Sous l’égide de Janet Keim – propriétaire de l’école depuis 1979, mais aussi l’une des premières femmes à avoir été recrutée en tant que premier officier chez Air Canada (poste qu’elle abandonnera d’ailleurs rapidement pour se consacrer pleinement à vocation première : l’instruction) –, celui-ci gravira les échelons jusqu’à devenir à son tour instructeur. Trois ans et demi passeront avant qu’il ne revienne s’établir au Québec.

La création d’Hélico Service
Malgré ses compétences, un bon niveau d’anglais et un carnet de vol encourageant, les compagnies aériennes ne le recruteront pas. En ce début des années 80, toutes subissent les affres de la récession. C’est ainsi! Et cela sellera le destin professionnel du pilote Tétreault. Un retour temporaire sur les terres ancestrales lui donnera l’occasion de se ressourcer. En attendant de voler à nouveau, les travaux agricoles l’accapareront sainement... Durant cette période, il se rappelle avoir vu des hélicoptères faire de l’épandage dans la vallée de l’Okanagan (Colombie-Britannique). Peut-être pourrait-il introduire cette activité dans son comté (Rouville)? L’idée faisant son chemin, il finit par s’inscrire chez National Hélicoptères. Basée à Beloeil, cette structure, aujourd’hui disparue, proposait un échantillonnage varié de cours. Sa conversion de licence se déroule sans encombre. Il est temps de se lancer à son propre compte! Dans le courant de l’année 1982, l’achat d’un Bell 47 usagé (vraiment en piteux état, au dire de l’intéressé!) confère à la toute neuve appellation Hélico Service le statut d’entreprise de travaux aériens. Les choses sérieuses peuvent commencer! Certainement doué pour le pilotage extrême et doté de cette raison propre aux paysans, Benoit réussit petit à petit à se constituer une clientèle régionale.

Des résultats légitimes
Aujourd’hui, le parc aérien de sa compagnie s’est considérablement agrandi. Au fil des ans, quelques Bell 47 ont été acquis, utilisés, puis revendus. Présentement, un seul d’entre eux subsiste sur la charte commerciale. Celui-ci est employé pour des travaux à petite échelle, au-dessus de cultures nécessitant une micro approche. Pour les missions standards, Benoit privilégie ses quatre Piper Pawnee équipés pour l’arrosage et la fumigation. De plus, un puissant Air Tractor AT402 – acheté en début de saison 2009 – permet de diversifier les opérations. Ainsi, plusieurs applications forestières – telle que la lutte contre la tordeuse de l’épinette dans le Nord – font partie des services offerts. Polyvalent, solide et ne se dépréciant pas (au contraire!), ce monoturbopropulsé ouvre de nouvelles voies au fondateur d’Hélico Service. À titre indicatif, près de 90 heures de vol ont été comptabilisées dans le carnet de route, durant ce premier exercice. Un Cessna 210 (voué aux dépannages ainsi qu’aux ravitaillements en régions éloignées) plus un Aeronca Citabria (exploité en copropriété et dédié à la formation des pilotes) complètent cette flotte peu conventionnelle.

Expérience probante et complémentarité professionnelle
Benoit Tétreault comptabilise environ 8000 heures de vol. Sur ce nombre, 6000 proviennent directement du traitement aérien. Ces dernières se répartissent sur avion (40 %) et hélicoptère (60 %). Détenant de surcroît une licence de mécanicien (M1), notre jeune quinquagénaire assure également l’entretien courant de ses aéronefs... quand il ne vole pas! À Rougemont, en pleine saison, son équipe est composée d’un technicien, de deux préposés au chargement, de cinq pilotes et d’une secrétaire. L’accès à la piste privée se fait directement depuis les bâtiments de l’entreprise. La concentration des énergies et du matériel permet à Benoit de maximiser le rendement tout en minimisant le stress. En le rencontrant, on sent cette force tranquille qui l’habite. Celle-là même qui l’anime et le préserve, à la fois, des aléas du vol en rase-mottes, des évolutions serrées, aux commandes de machines chargées au maximum de leur capacité. La définition du risque calculé, dans tous les sens du terme.

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